Pour le Consistoire le Pape avait proposé aussi aux Cardinaux le thème de la Liturgie qui n'a pas été retenu. Prudence, manque de courage, plus grande importance des autres thèmes? Le cardinal Roche avait préparé et distribué un texte "clair comme de l'eau de (Arthur) Roche". À lire.
CONSISTOIRE EXTRAORDINAIRE
(7-8 janvier 2026)
Liturgie : réflexion théologique, historique et pastorale approfondie « pour maintenir le bon chemin vers un progrès légitime » (SC 23).
Cardinal Arthur Roche
1. Dans la vie de l’Église, la liturgie a toujours connu des réformes. De la Didachè à la Traditio Apostolica, du grec au latin ; des “libelli precum” aux “Sacramentaires” et aux “Ordines”, des Pontificaux aux réformes franco-allemandes ; de la Liturgie "secundum usum romana curia" à la réforme tridentine ; des réformes partielles post-tridentines à la réforme générale du Concile Vatican II. L’histoire de la Liturgie, pourrait-on dire, est celle de sa réforme continue, dans un processus de développement organique.
2. Saint Pie V, en entreprenant la réforme des livres liturgiques conformément au mandat du Concile de Trente (voir Session XXV, Décret général, chap. XXI), était animé par le désir de sauvegarder l'unité de l'Église. Dans la bulle « Quo primum » (14 juillet 1570) qui promulguait le « Missale Romanum », il affirmait que « de même qu'il n'y a dans l'Église de Dieu qu'une seule manière de chanter les psaumes, il est suprêmement convenable qu'il n'y ait qu'un seul rite pour célébrer la messe » (cum unum in Ecclesia Dei psallendi modum, unum Missae celebrandae ritum esse maxime deceat).
3. La nécessité d’une réforme de la liturgie est étroitement liée à la composante rituelle, par laquelle – « per ritus et preces » (SC 48) – nous participons au Mystère pascal : le rite est en lui-même caractérisé par des éléments culturels qui changent dans le temps et dans l’espace.
4. De plus, puisque « la Tradition n’est pas la transmission de choses ou de mots, une collection de choses mortes », mais « le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes » (Benoît XVI, Audience générale, 26 avril 2006), nous pouvons certainement affirmer que la réforme de la liturgie souhaitée par le Concile Vatican II est non seulement en pleine harmonie avec le sens le plus vrai de la Tradition, mais constitue une manière élevée de se mettre au service de la Tradition, afin que celle-ci, comme un grand fleuve, puisse conduire l’Église au port de l’éternité (ibid.).
5. Dans cette vision dynamique, « préserver la saine tradition » et « ouvrir la voie au progrès légitime » (SC 23) ne peuvent être compris comme deux actions séparables : sans « progrès légitime », la tradition se réduirait à une « collection de choses mortes », dont toutes ne sont pas toujours saines ; sans « saine tradition », le progrès risque de devenir une recherche pathologique de nouveauté, qui ne peut pas générer la vie, comme une rivière dont le cours est barré, la séparant de ses sources.
6. Dans son discours aux participants de l’Assemblée plénière du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (8 février 2024), le pape François s’est exprimé ainsi :
« Soixante ans après la promulgation de Sacrosanctum Concilium, les mots de son Préambule, par lesquels les Pères ont déclaré le but du Concile, continuent de susciter l’enthousiasme. Ce sont des objectifs qui décrivent un désir précis de réformer l’Église dans ses dimensions fondamentales : favoriser une croissance toujours plus grande de la vie chrétienne des fidèles ; mieux adapter les institutions sujettes au changement aux besoins de notre temps ; promouvoir tout ce qui peut contribuer à l’unité de tous les croyants dans le Christ ; fortifier tout ce qui contribue à appeler chacun au sein de l’Église (cf. SC 1). C’est une œuvre de renouveau spirituel, pastoral, œcuménique et missionnaire. Et pour y parvenir, les Pères conciliaires savaient bien par où commencer ; ils savaient « devoir s'occuper de façon particulière de la réforme et de la promotion de la liturgie » (Ibid.). C’est comme si on disait : sans réforme liturgique, il n'y a pas de réforme de l'Église. »
7. La réforme liturgique a été élaborée à partir d’une « enquête théologique, historique et pastorale approfondie » (SC 23). Son but était d’accroître la participation à la célébration du Mystère pascal, pour le renouveau de l’Église, peuple de Dieu, Corps mystique du Christ (cf. LG, chap. I-II), et pour le perfectionnement des fidèles dans l’unité avec Dieu et entre eux (cf. SC 48). C’est seulement à partir de l’expérience salvifique de la célébration de la Pâque que l’Église redécouvre et relance le mandat missionnaire du Seigneur ressuscité (cf. Mt 28, 19-20) et devient, dans un monde déchiré par la discorde, un ferment d’unité.
8. Nous devons également reconnaître que l’application de la Réforme a souffert et souffre encore d’un manque dans la formation : c’est à cette urgence qu’il faut s’attaquer, à commencer par les séminaires, pour « stimuler cette formation des fidèles et promouvoir cette action pastorale qui a pour sommet et pour source la sainte Liturgie » (Instr. Inter ecumenici, 26 septembre 1964, 5).
9. Le bien premier de l’unité de l’Église ne s’atteint pas en « figeant » la division, mais en nous retrouvant tous unis dans ce qui ne peut qu’être partagé, comme l’a dit le pape François dans Desiderio desideravi 61 :
« […] Nous sommes sans cesse appelés à redécouvrir la richesse des principes généraux énoncés dans les premiers numéros de Sacrosanctum Concilium, en comprenant le lien intime entre la première des Constitutions conciliaires et toutes les autres. C’est pourquoi nous ne pouvons revenir à cette forme rituelle que les Pères conciliaires, cum Petro et sub Petro, ont jugé nécessaire de réformer, approuvant, sous l’inspiration de l’Esprit et selon leur conscience de pasteurs, les principes dont est née la réforme. Les saints pontifes Paul VI et Jean-Paul II, en approuvant les livres liturgiques réformés « ex decreto Sacrosancti Ecumenici Concilii Vaticani II », ont garanti la fidélité de la réforme au Concile. C’est pourquoi j’ai écrit « Traditionis custodes », afin que l’Église puisse élever, dans la diversité des langues, une seule et même prière capable d’exprimer son unité [cf. Paul VI, Constitutio apostolica Missale Romanum (3 avril 1969) dans AAS 61 (1969) p. 222]. Cette unité, comme je l’ai déjà écrit, j’entends la rétablir dans toute l’Église de rite romain. »
10. L’usage des livres liturgiques que le Concile a cherché à réformer était, de saint Jean-Paul II à François, une concession qui n’envisageait nullement leur promotion. Le pape François, tout en autorisant l’usage du Missale Romanum de 1962, tel qu’établi dans Traditionis Custodes, a indiqué la voie de l’unité dans l’usage des livres liturgiques promulgués par les saints pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, seule expression de la lex orandi du rite romain.
11. Le pape François a résumé la question ainsi (Desiderio desideravi 31) :
« [...] Si la liturgie est « le sommet vers lequel tend l’activité de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute sa force » (Sacrosanctum Concilium, n° 10), nous comprenons bien l’enjeu de la question liturgique. Il serait banal de considérer les tensions, malheureusement présentes autour de la célébration, comme une simple divergence de sensibilités quant à une forme rituelle. Le problème est avant tout ecclésiologique. Je ne vois pas comment on peut prétendre reconnaître la validité du Concile – bien que je sois quelque peu surpris qu’un catholique puisse présumer de ne pas le faire – sans accueillir favorablement la réforme liturgique issue de Sacrosanctum Concilium, qui exprime la réalité de la Liturgie en lien intime avec la vision de l’Église admirablement décrite dans Lumen Gentium. [...] ».

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